Soirée grands vins 2013

Une table dressée de blanc dans l’entrée de la maison des associations. Assises autour 14 personnes entre enthousiasme et recueillement. Une quinzième, comme un grand officiant, passe de l’une à l’autre, une bouteille à la main. Il verse un peu de vin. Le rituel commence. Le chœur lève le verre, l’examine*, le respire avant d’en prendre une gorgée. Ce n’est pas l’eucharistie mais la 5ième édition de la soirée « grands vins français » mise en place par l’AOC. Une soirée exceptionnelle où les crachoirs ne reçoivent que l’eau de rinçage des verres. Où, pour contrer l’omniprésent démon de la tentation, l’ange de la tempérance a pris la forme d’un autocollant « Alcool assistance » collé sur la porte d’une armoire. Où, du fait des œuvres de Saint-Pierre, à moins que ce ne soit les voies impénétrables de la serrurerie, la scène (cène ?) a lieu dans un couloir et non dans une salle. Mais qu’importe le lieu pourvu qu’il y ait les flacons.

Ce soir, plus que les autres soirs, chacun s’attend à une révélation, à entre-apercevoir un peu du paradis des œnologues, à découvrir la Sainte Trinité des vins méritant l’adjectif de « grand » : la complexité aromatique, l’équilibre des saveurs, la belle persistance en bouche. Sans oublier sa rareté.

Première offrande née en Champagne, au cœur de la vallée de la Marne. C’est un Bollinger grande année 2002. La boisson de James Bond dans un millésime exceptionnel du fait d’une météo particulièrement ensoleillée. Dégorgé à la main en février 2012, après avoir vieilli 10 ans sur des pupitres où chaque bouteille était tournée à la main, il est constitué d’un assemblage de 60 % pinot noir et 40 % de chardonnay. Ce travail d’orfèvre a permis d’obtenir une bulle fine et un beau volume en bouche. Il a aussi un prix : 97 €. Si l’on ramène cela au prix du kilo de raisin, 5,50 € le kilo sachant qu’il faut environ 1,2 kg par bouteille, chacun peut méditer sur la distance entre Nature, travail et spéculation.

Pas le temps de s’attarder, le voyage se poursuit par la Bourgogne, dans les Côte de Beaune, à Meursault exactement. Le domaine fait partie de l’appellation Puligny-Montrachet et est exploité en biologie et biodynamie. L’élu, parmi les 32 appellations produites sur les 92 parcelles du couple Lavollée, répond au doux nom des Folatières 1er cru 2008 du château Génot-Boulanger. Sa robe cerise est claire. Son expression modeste. Peut-être à cause du prix. Il est deux fois moins cher que la bouteille précédente.

Et que la suivante. À l’annonce qu’elle est issue d’un domaine implanté à Vosne-Romanée depuis 8 générations et qu’elle fait partie des grandes appellations, Jean, le trésorier de l’AOC, défaille. Parmi les grands crus on compte celui de la Romanée Conti, dont la bouteille, pour l’année 2009, est estimée à 12 182 €. Le tarif de celle qui est servie, 94 €, lui parait, de fait, modeste. C’est un Echezeaux 2 009 produit par le domaine Mongeard-Mugneret. Élaboré avec des raisins issus de vignes de 25 à 60 ans, élevé en fut durant 18 mois, le nectar est d’une grande complexité aromatique et d’une très belle longueur en bouche. Il crée l’extase chez les convives.

Difficile de partir pour l’étape suivante programmée dans le Bordelais pour goûter le second vin du Château La Mission Haut Brion. Puisque c’est une mission,  allons à la découverte de ce grand cru classé de Grave ! Un Pessac Léognan 1 995 dont l’étiquette annonce : Château La Tour Haut-Brion. Petite déception, malgré son âge, le vin garde des tanins un peu vifs. Le prix, 94 €, ne lui permet pas de rivaliser avec son prédécesseur.

L’affaire semble entendue. L’Echezeaux va remporter le titre de meilleur vin de la soirée. Mais arrive la 5e bouteille qui, comme les précédentes, avance masquée sous une chaussette de dégustation. C’est un blanc.  Au nez,  tout le monde en déduit que c’est un liquoreux. La région de Sauternes est immédiatement évoquée avec raison. Il est plus précisément de Barsac et fait partie des premiers crus classés. Ceux ayant participé à l’une des soirées « grands vins » précédentes, le reconnaissent sans problème : il s’agit d’un Château Climens 1 999. Une apparition dont on ne se lasse pas. Même si le prix est élevé, 98 €, il remporte le maximum de suffrage. L’unique blanc tranquille remporte sur le grand Echezeaux. Mais le principal n’est pas là. Il est dans le souvenir du voyage dans des lieux peu accessibles. Un voyage impossible pour les convives en dehors de l’AOC.

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* Ou plutôt tente de l’examiner. L’éclairage est faible et les quelques rayons émanent surtout des murs orange

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